CAS CLIENT – La solidarité chez JCDecaux

FX
François-Xavier Pierrel

Rencontre avec François-Xavier Pierrel, Group Chief Data Officer au sein de JCDecaux, pour qui la solidarité est au cœur du management et du bien-être des équipes avant, pendant et après la crise du COVID-19. Il revient sur les raisons qui l’ont conduites à organiser en février 2020 le 1er team building solidaire pour son équipe et sur les perspectives d’engagement solidaire qu’il projette pour la suite.

1/ Le team building solidaire est-il démocratisé chez JCDecaux et quelles sont les raisons pour lesquelles avoir souhaité en organiser un ?

François-Xavier PIerrel : Nous sommes la première division à avoir organisé un team building solidaire pour le moment, bien que JCDecaux soit très précautionneux sur la partie RSE et les initiatives liées à l’engagement des salariés. Concernant ma division (data), j’ai senti le besoin de renforcer la cohésion d’équipe autrement qu’au travers d’un offsite traditionnel, tel qu’un match de foot ou un escape game. L’équipe de management et moi-même, sensibles à ce type d’engagement, souhaitions renforcer la cohésion d’équipe, donner du sens à notre rassemblement et ressentir la satisfaction personnelle d’avoir participé à une action qui a du sens. L’agence Béa, qui a su nous proposer des projets qui levaient les freins existants à ce type d’initiative, nous a parlé des Apprentis d’Auteuil, une Fondation dont la cause résonnait en tous. Nous avons partagé des activités sportives et intellectuelles avec des jeunes en difficulté sociale et scolaire dont il est important de travailler l’inclusion sociale. A la sortie de cette journée, les enjeux auxquels nous souhaitions répondre étaient relevés !

2/ Quel fut l’accueil des collaborateurs de votre équipe face à ces initiatives AVANT et APRÈS ? 

FXP : Lors de notre dernier offsite, nous avions fait une activité sportive donc plus traditionnelle, cette fois-ci, ils ont eu la surprise d’arriver sur un magnifique site des Apprentis d’Auteuil, directement accueillis par les éducateurs de l’association. Leur première réaction a été « ah bon, on ne va pas faire de foot ? », mais passée cette surprise, ils se rendent compte qu’ils ont passé un très bon moment. Nous étions bouche bée devant l’enthousiasme que les jeunes avaient mis dans ces activités et la facilité d’engager le lien avec eux alors que sur le fond nous ne sommes pas du même milieu, nous n’avons pas le même âge, nous n’avons pas vécu les mêmes expériences mais le lien s’est facilement crée. Je pense que toute l’équipe se rappellera le moment où nous avons distribué les récompenses aux jeunes fiers d’eux, et qu’ils en ont ressorti un sentiment d’utilité et de satisfaction personnelle.

3/ Quels sont les bénéfices observés pour l’équipe ? 

FXP : Le team building solidaire nous a permis de renforcer la cohésion au sein de l’équipe et de pouvoir se connaître en dehors du contexte du travail, avec l’opportunité de mieux comprendre la personnalité de chacun. Le fait de faire du solidaire nous met tous sur le même pied d’égalité, là ou au contraire d’autres activités traditionnelles peuvent être clivantes. Lors de ces journées, il n’y a pas de hiérarchie avec une distinction entre manager et managé, chacun fait le maximum pour que ça se passe bien et que l’action prenne toute sa force et tout son sens. J’ai le sentiment qu’après ça, les collaborateurs sont plus l’aise avec leurs collègues, leur manager, leur N+2 pour exprimer ce qu’ils pensent. Il y a toujours de la place pour améliorer, mais nous sentons que ça progresse, ça fait bouger les lignes et les murs.

4/ Pendant la crise du COVID-19, pensez-vous que la solidarité soit restée au sein de l’équipe ? Comment s’est-elle traduite ?

FXP : Lors de notre team building solidaire, nous avons pu nous rendre compte de l’empathie naturelle des salariés pour aller échanger avec les jeunes, empathie également présente pendant cette période particulière. Lorsque les temps sont durs, notamment lors de cette crise que l’on traverse, avoir pu se découvrir dans un autre contexte que le travail et notamment au profit d’une association, nous a conduit à être plus patient et plus à l’écoute avec ses collègues. Nous avons tous été en télétravail, tous ont été affectés par le temps partiel, et il y avait un côté un peu « sport collectif » où nous nous sommes dit « nous sommes tous dans la même barque, cette semaine je suis en temps partiel minimum, la semaine prochaine je sais que ça remontera et c’est mon voisin qui aura moins de travail ». Tout le monde se sent embarqué dans un projet commun et s’ils ont le moindre doute, j’espère qu’ils repensent à cette journée solidaire où lors de ces activités et de ces moments d’échanges, tout le monde agissait dans le même sens pour la même cause.

5/ Suite à cette distance créée par la crise du COVID-19, comment envisagez-vous de favoriser l’engagement et les liens entre l’équipe lors de la reprise ? 

FXP : Durant le confinement, il y a bon nombre de français qui se sont demandé comment ils auraient pu faire plus. Nous allons donc probablement avoir des salariés qui vont revenir plus « affamés » de sens et de transformation pour accompagner ces sujets-là. Nous sommes en pleine discussion avec l’agence Béa pour comprendre comment les team buildings solidaires peuvent avoir du sens pour JCDecaux et engager la réflexion avec nos RH pour proposer des sujets qui leur permettraient de développer leur appétence pour le solidaire.  Au sein de ma division, suite à l’offsite solidaire réalisé en février, les collaborateurs nous ont demandé de refaire des initiatives à engagement social et de continuer à mettre du sens dans notre quotidien. En plus des team buildings solidaires, nous souhaiterions aller plus loin et proposer à ceux qui le souhaitent de dédier leur temps personnel et leurs compétences professionnelles au profit de diverses associations pour lesquelles ils sont sensibles et souhaitent se mobiliser.

6/ Selon vous, en quoi est-ce important que les entreprises proposent des actions solidaires en équipe à leurs salariés ?

FXP : La notion même de team building permet de réunir les gens au sens le plus littéral, mais ce qui est intéressant dans le solidaire, c’est que c’est aussi impactant à titre personnel. Je pense que pour JCDecaux ou pour d’autres entreprises, une fois qu’on a fait une journée de solidarité en aidant une association et en mettant à profit son temps et/ou ses compétences, ça ouvre d’autres perspectives sur sa capacité à se tourner vers l’autre. J’ai le sentiment que c’est notre travail en tant qu’entreprise de mettre le pied à l’étrier de nos collaborateurs, et nous continuerons à le faire avec des offsites solidaires d’une manière ou d‘une autre. Si ça leur permet de prendre conscience qu’ils veulent et peuvent aussi s’engager personnellement sur une cause et avoir un impact qui a du sens, je pense que c’est aussi notre rôle de manager et d’entreprise.

7/ Comment Béa vous accompagne-t-elle dans la réalisation de ces initiatives solidaires ? 

FXP : L’agence Béa nous a proposé un large spectre d’initiatives solidaires qui ont permis de lever les freins à l’adoption de ces projets.  La question fondamentale à laquelle l’agence Béa a répondu c’était « j’aimerais beaucoup faire ça mais je ne sais pas comment ». Nous avions cette envie de faire une action liée au solidaire mais il existe tellement d’associations et de causes, qu’il est difficile de faire un choix, de trouver le projet qui fera l’unanimité et de le mettre en place. Leur accompagnement nous a grandement facilité la vie, si nous avions dû le faire par nous-même, nous ne serions jamais arrivés au bout. Nous avons vraiment eu l’impression d’être pris en charge dans le sens le plus noble du terme, il n’y a pas eu d’inquiétude, ça correspondait exactement à nos attentes et nos affinités et c’est pour cette raison que nous souhaitons continuer de travailler avec l’agence Béa.

Une partie de l’équipe de François-Xavier Pierrel en compagnie des jeunes participants de l’association.

8/ Un dernier mot pour encourager d’autres entreprises à se lancer ? 

FXP : J’ai deux termes qui me viennent à l’esprit : « nouvelles » et « perspectives ». 

« Nouvelles » : C’est offrir aux salariés quelques chose dont ils n’ont pas l’habitude et lorsque l’on veut recréer de l’intérêt, la nouveauté à toujours quelque chose d’attrayant. On garde le concept du team building en y amenant une donnée nouvelle et peu connue.  « Perspectives » : On ouvre de nouveaux horizons, que ce soit sur le plan professionnel ou personnel. Cela nous permet de voir les équipes fonctionner autrement que via un match de foot ou des apéros dans un bar, et pour certains, je pense que ça leur a ouvert des perspectives sur le fait que ce n’est pas si compliqué finalement d’aller aider l’autre. 

Il y a plein d’entreprises qui font des choses bien en toute humilité, mais ce qui est sûr c’est qu’à budget équivalent et résultat équivalent, pourquoi ne pas mettre plus de sens dans son action de cohésion. Les résultats pour l’équipe sont au-delà de ce que nous aurions obtenu avec une activité plus traditionnelle.